La légende des Pailhasses

-C'était en 1346, après la bataille de Crécy, et la poudre à canon ne devait pas être connue à Cournonterral puisque le château-fort ne renfermait pour la défense des murailles et des hauts du lieux, que des arbalètes, deux caisses pleines de vivres ou flèches, trente manillons de fer, des jacquets, des costumes de maille, des épées et des javelots.
-Ces seules armes suffirent aux Cournonterralais pour soutenir une lutte des plus vive contre les habitants d'Aumelas et les maseliers voisins.
-Du temps immémorial, il était permis aux habitants de Cournonterral d'aller couper, dans les forêts communales et seigneuriales attenantes à celles d'Aumelas, le bois mort des yeuses.
-Les habitants d'Aumelas moins favorisés par la nature de leur sol que ceux de Cournonterral, voulaient avoir seuls le droit de lignerage, privilège qu'ils considéraient comme étant la source la plus sure de leurs revenus.
-Une haine sourde régnait dans les cours.
-Le lendemain d'une journée de pluie, alors que les gens de Cournonterral allaient faire bonne charge de bois, les Aumelassiens et les maseliers embusqués, les accueillirent à coup de fronde et de fléchés, nos gens soutinrent de leur mieux la lutte inégale. Plusieurs furent blessés et rentrèrent sanglants à Cournonterral.
-Le bruit de cette défaite se répandit vite à Cournon.
-Les consuls, le seigneur s'en émurent et ce dernier ordonna à son Bayle Pailhas de parer à une nouvelle éventualité.
-L'officier du seigneur réfléchit et proposa au haut justicier "Guillaume de Cournon" un système d'épouvantail humain qui fut adopté.
-Une battue aux renards Aumelassiens fut décidée entre les consuls, le seigneur et le peuple. 90 hommes et 10 femmes (nouvelle centurie) formèrent une compagnie sous les ordres du chef Pailhas.
-Les gardes furent équipés de bottes cloutées, jambières en peau de renard (légèrement farcies de balle d'avoine), cotte de mailles sur la chemise de toile rousse, et par-dessus, un large sac de grain ouvert de façon à pouvoir passer la tête et les bras, sac farci de paille par devant et par derrière, et serré aux reins par une courroie, la tête était couverte d'un bonnet de laine multicolore qu'un jet d'osier tordu et cousu en spirale faisait tenir haut et ferme.
-Le visage était masqué d'une peau de blaireau, le tout agrémenté de plumes de dinde et de rameaux de buis, symbole de résistance.

"Les Pailhasses"
Représentation des Pailhasses de la légende d'après les textes de Bastide de l'Oulieu.
Par RICESCO 2010

-Les femmes étaient munis de boites de secours pour les blessés.
-La petite armée se mit en route pour Aumelas par Tamaroux.
-Au bois de l'Olivette, la troupe aperçu l'ennemi en train de dévaster la forêt. Elle s'éparpilla et fonça en hurlant comme des loups. Pris de panique et de frayeur à la vue d'êtres aussi fantasmagoriques, sortir de tous les coins, les fagoteurs s'enfuirent en tous sens. Ils furent cernés, démasqués, roués de coups et faits prisonniers.

"Les fagoteurs"
Assaut des Pailhasses sur les fagoteurs Aumelassiens d'après les textes de Bastide de l'Oulieu
Par RICESCO 2011

-Emmenés à Cournonterral devant les consuls et les seigneurs, admonestés et soignés de leurs blessures, ils passèrent la nuit dans les souterrains du fort-viel et furent rendus à la liberté après avoir "juré sur les Saintes Évangiles de respecter à l'avenir, gens et biens de Cournonterral".
-L'officier centurion Pailhas, la femme Armeniars qui dirigeait la gent féminine reçurent avec tous les guerriers, les plus chaleureuses félicitations.
-Il fut décidé qu'en commémoration de ce "haut fait d'armes" une manifestation publique serait autorisée tous les ans le mercredi des cendres.
-Le seigneur des hauts lieux, "Guillaume de Cournon" fit placer aux quatre coins du fort des barriques de vin afin que tout le monde du pays puisse festoyer et boire à volonté.
-Ce jour-là, ce fut une telle orgie, et les gardes tellement saouls, qu'ils éventrèrent les barriques et se roulèrent dans le vin répandu à terre, d'autres s'aspergeaient.
-Depuis ce temps, le nom de Pailhasses est voué à la postérité en souvenir de celui à qui l'on doit ce haut fait d'armes.

Ruines de Aumelas

Ce texte, écrit vers 1898 par Bastide de l'Oulieu, n'est qu'une légende essayant de narrer une hypothétique origine des Pailhasses. En aucun cas elle ne tient lieu de vérité historique.

Glossaire

-AUMELAS: Commune d'Aumelas sur wikipédia

Ruines de Aumelas

-BAYLE PAILHAS: Le bayle (prévôt) était le représentant de l'autorité du roi ou du prince, il était chargé de faire appliquer la justice et de contrôler l'administration. En 1346, le bayle en place à Cournonterral se nomme Guillaume FIRMIN, suivit de Pierre VIDAL en 1348. D'après BASTIDE, PAILHAS aurait donné son nom aux Pailhasses (origine du nom de famille: celui qui possède un pailler ou un grenier). Si le bayle PAILHAS n'est recensé sur aucune archive du moyen-âge, il existe tout de même un monsieur PAILHAS (François, originaire de Compeyre près de Millau) recensé dans les archives départementales de l'Hérault et ayant vécu à Cournonterral (première moitié du XIXeme siècle). La famille Pailhas sera présente à Cournonterral jusqu'au début du XXe siècle.
Est-ce-que ce monsieur PAILHAS (père ou fils) est lié de près ou de loin à la tradition??? Le manque d'information peut laisser envisager plusieurs hypothèses sur l'origine de appellation de Pailhasses; Le sac farcit de paille (la paillasse), Pépette suspendue (Palhas ou Palhasse dans la région, Palhasso à Nice), le personnage de comédie (Pagliaccio), le bateleur ou batoniste... Ou rien de tout cela?

-BONNET: Les bonnets de laine multicolores, rehaussés d'osier et fichés de plumes (plumes de dinde en opposition aux plumes de coq à Pignan et à Frontignan jusqu'au début du XIXe siècle) sont encore utilisés dans différents carnavals ou traditions en Europe (pays de l'Est). Les PLUMES de DINDE (sept) sont le symbole de saleté et de bêtise. Le bonnet de laine (comme les bonnets phrygiens (symbole de la liberté), chapeaux pointus, bicornes...) ont été remplacé par le gibus vers la fin du XIXe siècle.

-CVRNON: Cournonterral sur le site du GRAC

Cournonterral: les Remparts

-CRECY: Crécy-en-Ponthieu, 26 Aoùt 1346, défaite des armées du roi Philippe VI face aux archers Gallois. Les terres d'Aumelas (CARDONNET) appartenaient, depuis la guerre de cent-ans, et jusqu'à récemment à la couronne d'Angleterre. Bastide change le déroulement de l'histoire en attribuant une victoire des français sur les anglais (Pailhasses sur Aumelassiens).

La bataille de Crécy par Jehan Froissart (XVe siècle)

-EPOUVANTAIL: L'épouvantail, comme il est encore nommé dans d'autres lieux, est le roi de paille (ou roi de Carnaval) et est le symbole utilisé pour repousser les choses néfastes (comme l'épouvantail dans les champs, accoutré de haillons, fait fuir les oiseaux).

-ERMENIARS: (écrit Arméniars dans la légende) Épouse de Pons CALVE de Villeneuve, sour du syndic Guillaume-Bernard de TROIS-LOUPS (Guillelmum bernardi de TRIBVS LVPIS, sùrement celui qui a inspiré, du moins en partie, le personnage du bayle PAILHAS). Erméniars est connue pour avoir été très active fin XIIIe, début XIVe siècle (voir page suivante), ayant un comportement révolutionnaire: "Signalée comme une personne qui semble prendre plaisir à résister à tous les ordres, comme à violer toutes les défenses" (compromis du 15 Janvier 1302). Avec son frère, elle a mené une action punitive contre les maseliers à qui PIERRE de CVRNON avait donné les droits de paissance sur les terres communales. Dans les archives de Cournonterral, seule une autre Ermeniars (Erméniardis GALVANCHII) apparaît sur une liste de votants en 1344. Aucun acte particulier ne lui est attribué.

-GUILLAUME de CVRNON: Né vers 1305 et décédé entre 1346 et 1348 (Guillelmi de Cornone). Fils de Othon de CVRNON et de Fizas et père de MIRACLA (dernière à porter le nom de "de Cournon"). Co-seigneur de Cournonterral avec Raymond de MONTLAUR et Bertrand d'AGNAC. Seigneurs contre lesquels ce sont opposés les syndics de Cournon: Guillaume-Bernard de TROIS-LOUPS, Hugues CRISTINE, Raymond FIRMIN, durant de nombreuses décennies jusqu'à l'obtention de consuls octroyant plus de droits et libertés aux bourgeois de Cournonterral et limitant ceux des seigneurs.
Consuls: 8 Août 1344: Bernard CRISTINE, Jean ETIENNE, Pierre DAVIN 24 Juin 1345: Etienne DAVIN, Pierre VERDIER, Pierre-Bernard de TROIS-LOUPS, etc...

-MANILLONS, JACQUETS... : Références prises sur la lettre patente de CHARLES VI du 27 avril 1394 (88 EDT 186). Vérifications que les murailles ont été réparées et fortifiées au frais des consuls; inventaire du bayle et des consuls des armements et défenses des murailles et des personnes (pour la prévention des attaques des compagnies de routiers anglais). Le document original à été retranscrit en français comme suit:
Pour la garde et défense de la muraille :
-30 ARBALETES.
-30 mourillons (ou mouvillons, ou mouvuillons et non manillon) de fer (mot mal retranscrit) : MANIVELLE ou MOUFLE pour arbalète.
-Deux caisses pleines de VIRES (et non vivres; carreaux d'arbalète) ou FLECHES.
-30 pièces d'HARNOIS (épées, hallebardes, gourdin, etc... harnois=ensemble de l'armement).
-JACQUES (ou JAQUE et non jacquet) : vêtement matelassé ou multicouche porté seul protégeant le torse et les bras, avec jupe courte.
-PLATES de FER et COTTES de MAILLE de FER.
Pour chaque habitant ou chef de maison :
-EPEE.
-Plusieurs JAVELOTS ou DARDS (armes de jet).
Dans les maisons du lieu et pour les habitants du lieu :.
-Plusieurs autres PETITS HARNOIS (dague, couteau, bâton, lance pierres, etc...).

-MASELIERS: Habitants des mas (maisons de campagne, ferme). MAZELIER: autre nom du boucher (Thalamus Parvis).

-NOUVELLE CENTURIE: Au moyen-âge, à Cournonterral, les femmes occupent une place active (voir ERMENIARS) au sein du village et prennent part aux manifestations publiques, revendications et différents votes.

-OLIVETTES: Concrétions rocheuses au nord de cournonterral au dessus du Coulazou. Olivette était aussi le nom donné aux jeunes filles accompagnant la sortie de l'Arlequin comme les jeunes femmes du village accompagnaient les Pailhasses avant l'apparition des Blancs (fin XIXe siècle).

Cournonterral: les Olivettes

-PLUMES DE DINDE: La dinde n'a été introduite en Europe que vers l'an 1500.

-POUDRE A CANON: La présence de la poudre noire en Europe est attestée dès le XIIIe siècle. A Cournonterral, l'utilisation d'armes à feu est confirmée dans un acte datant du 22 juin 1330 (Enquête contre Pierre de Cornon et ses complices, qui ont assailli Pierre Raymond de Poussan - Cart. de Maguelone). Au moyen-âge, ces armes à feu étaient surtout employées comme armes incendiaires; celle de Pierre de Cournon se présente comme un "MUSQUETIS": canon portatif ou arme tranchante ou perforante (hallebarde, épée...) équipée d'un canon. A Cournonterral, en 1346, on connaissait déjà la POUDRE à CANON!

-RABAS: Le masque PRIMITIF en peau d'animal (chat, lapin, mouton...) des Pailhasses est utilisé depuis la nuit des temps. Vers le V/VIe et IX/Xe siècles lors de fêtes dites païennes (dont Carnavalaré), les jeunes gens masqués, de toile, de peau animale, de têtes d'animaux évidées, faisaient le tour des fermes et des maisons pour se faire offrir à manger, boire...Le Rabas doit son nom à la peau roulée à la base du collier des animaux de travail qui, lorsque l'animal est au repos, est déroulée afin que la bête ne se refroidisse pas trop rapidement. Le Rabas est aussi l'autre nom du blaireau, du putois et d'un mouton à laine pendante et grossière. Le Rabas est confectionné par le Pailhasse lui-même ou, quand cela est possible, hérité de son paire. Devenu inutile, il est brûlé ou caché au fond d'une armoire. En aucun cas il ne doit être jeté ou prêté à un étranger.

-TAMAROUX: Autre nom du DAHUT.

-YEUSES: (Ciméla) Autre nom du chêne vert. Le 12 Avril 1339, devant le bayle Guillaume FIRMIN, les syndics s'opposent à une interdiction abusive sur la ramasse des bois et la chasse sur les terres de FERTALHERE. Ce passage peut aussi rapporter au conflit de "l'affaire des bois de Cournonterral" opposant les habitants à M. de PORTALES au XVIIIe siècle.

Cournonterral: le Touât

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